Les 15 minutes de la discorde entre VTC et taxis : intérêt ou sabotage ?

Les voitures de tourisme avec chauffeur (VTC) vont probablement devoir respecter un délai de 15 min entre le moment de la réservation et celui de la prise en charge du client. A l’origine de cette mesure le lobby des taxis, qui aurait réussi à faire pression sur le gouvernement afin d’obtenir un amendement…
Allocab fait le point sur la mise en pratique d’une telle mesure, et en analyse l’intérêt pour le consommateur, le chauffeur et l’économie.

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Comment respecter en pratique le délai de 15 min ?

Prenons le scénario suivant intégrant ce délai de 15 minutes :

  1. Un client commande un chauffeur via l’application mobile Allocab,
  2. Le chauffeur se rend à l’adresse de départ de la course en 7 minutes,
  3. Le client doit attendre 8 minutes avant de monter dans le véhicule, pour respecter les 7 + 8 = 15 minutes « légales »…
  4. Les 8 minutes s’écoulent, le client monte dans le véhicule.

A ce stade, quelques questions nous animent :

  • Comment être sûr que le client patiente avant d’entrer dans le véhicule ?
  • Comment calculer et tracer le délai écoulé entre la commande et la prise en charge ?

Nous avons tourné le problème dans tous les sens, sans pour autant parvenir à une solution infaillible et traçable. L’impossibilité de contrôler le respect des 15 minutes requises rend logiquement la sanction de son non respect impossible. La mesure devient inutile.

Qu’en est-il de l’intérêt du consommateur ?

En plaçant l’intérêt du consommateur au cœur du débat, plusieurs interrogations se posent : :

  • Comment expliquer à un passager pressé qu’il doit attendre devant un véhicule sans monter à l’intérieur ?
  • Si le client monte dans la voiture pour se mettre à l’abri d’une averse, est-ce considéré comme une prise en charge ?
  • Est-ce que le client utilisera à nouveau le service s’il est contraint d’attendre devant la voiture de son chauffeur ?

Autant de questions pratiques qui se poseront au quotidien lors de la prise en charge de clients. Elles nous démontrent qu’un passager pressé n’a pas le droit d’être transporté par un chauffeur privé avec un niveau de services et de qualité supérieur à un taxi. La liberté du consommateur n’est-elle pourtant pas souveraine ?

Le temps étant de l’argent, le chauffeur ne manquera pas de faire supporter au consommateur cette perte de temps. Les prix des courses dont le délai de prise en charge est inférieur à 15 minutes seront augmentés, n’en déplaise au consommateur.

Et l’intérêt du chauffeur ?

Si nous reprenons notre exemple : imaginons qu’un chauffeur ait 5 courses dans la même journée, situés à 7 minutes de lui, avec un temps d’attente supplémentaire de 8 minutes pour chaque client.

  • Temps perdu par jour : 5 courses x 8 min = 40 min
  • Temps perdu par semaine : 6 jours travaillés x 40 min = 240 min (soit 4 heures)
  • Temps perdu par année : 47 semaines travaillées x 4 heures = 188 heures (soit environ 25 jours de travail, soit 1 mois de travail)

Ainsi mis bout à bout sur une année, ce délai de 15 minutes revient à priver un chauffeur de l’équivalent d’un mois de travail. Est-ce raisonnable de limiter la productivité et la rentabilité  d’un entrepreneur sans autre raison que la protection d’un privilège ?

Au-delà du temps perdu, cette mesure crée une différence de traitement entre deux acteurs d’un même marché. La première conséquence d’une telle mesure est de favoriser une concurrence déloyale au lieu de créer les conditions d’un marché concurrentiel équilibré. Quel serait l’avis du Conseil Constitutionnel ?

L’intérêt est-il économique ?

Rappelons quelques faits et données chiffrées :

  • Le rapport Attali préconisait une libéralisation du marché des taxis favorable aux consommateurs.
  • La Commission Européenne invite la France à renforcer la libre concurrence sur le marché du taxi (comme dans certaines autres professions réglementées),
  • Paris compte 19 000 véhicules dont 17 000 taxis et 2 000 VTC,
  • Londres compte 66 000 véhicules dont 22 000 taxis et 44 000 minicabs,
  • New-York compte 55 000 véhicules dont 13 000 taxis et 42 000 « liveries »,
  • 43 % des licences VTC sont détenus par… des taxis.

Il n’est plus à prouver que c’est la libre concurrence qui profite à l’économie et non l’inverse. Pourtant, elle est encore en phase de se faire tacler par le gouvernement pris en otage par le lobby des taxis, à contre courant de ce que préconisent le rapport Attali et la Commission Européenne.
En effet, le rapport Attali plébiscite la libéralisation du marché du transport de personnes en recommandant l’augmentation de l’offre de taxi et assimilés. L’objectif, qui devrait être partagé de tous, étant « d’améliorer l’attractivité de la France pour les touristes et faciliter les déplacements professionnels ». La Commission Européenne veut quant à elle renforcer la compétitivité des services en France en agissant principalement sur les professions réglementées et notamment sur les taxis.
Prenons l’exemple du marché du transport de personnes sur longue distance sur lequel le jeu de la libre concurrence n’est pas entravé. Est-il venu à l’idée de quelqu’un d’imposer à Air France de rallonger son temps de trajets afin de préserver les parts de marché de la SNCF ?

Finalement le seul argument qui pourrait justifier cette réforme serait d’avancer que le marché est saturé et que l’offre est déjà bien supérieure à la demande. Là encore, ce n’est pas le cas même en comptant les VTC. Pour 1 000 habitants il n’y a que 4 chauffeurs taxis et VTC confondus à Paris, contre 7 à New York et 8 à Londres : soit 2 fois plus qu’à Paris ! Empêcher les VTC de se développer à côté des taxis afin de répondre à une demande toujours croissante revient purement et simplement à freiner l’évolution naturelle du marché du transport de personnes et à nier l’impact économique favorable évident, la création massive d’emplois non délocalisables.

Le plus cocasse est à venir, en notant que plus de 40 % des licences VTC sont attribuées à… des taxis ! Les mêmes qui crient à la concurrence déloyale contre les VTC en se tirant une balle dans le pied au passage dans leur nouvelle activité…

C’est enfin le bon sens qui nous oblige à nous poser la question du « pourquoi 15 minutes ? ». Pourquoi pas 13 ou 17 ? D’où vient ce chiffre ? Est-ce totalement arbitraire ou y a-t-il un fondement au moins empirique ?

Conclusion

La réforme voulue par les taxis visant à imposer un délai de 15 minutes entre la réservation et la prise en charge du client n’est définitivement pas viable tant au niveau de sa mise en œuvre que de la traçabilité même du délai.

Cette réforme tendrait à réduire la liberté de choix de transport du consommateur pressé. Elle pourrait priver les chauffeurs VTC d’une bonne partie de leur temps de travail et ainsi de leur chiffre d’affaire annuel, et enfin irait à l’encontre des recommandations européennes actuels et même d’une certaine rationalité économique. Cette attente virtuelle est contraire au développement technologique mis au service du consommateur. C’est refuser de voir notre capitale se moderniser par la technique tout en enrichissant l’offre de transport.

Alors que faire ?

Allocab défend l’idée que taxi et VTC sont parfaitement complémentaires sur le marché du transport de personnes, comme les exemples de Londres et New York le prouvent déjà.
Voici quelques idées pour faire cohabiter en bonne intelligence les taxis et les VTC sur le marché français en améliorant l’offre de transport :

Pour les taxis :

  • Réserver le marché de la rue et des stations de taxis exclusivement aux taxis
  • Autoriser les réservations à l’avance par téléphone, web ou application mobile
  • Délivrer des licences de taxi supplémentaires aux chauffeurs sur liste d’attente
  • Baisser la vitesse de conjonction du tarif A de 30 km/h à 15 km/h, pour limiter l’effet de pénurie de taxis aux heures de pointe dans Paris

Pour les VTC :

  • Autoriser exclusivement les courses sur réservation par téléphone, web ou application mobile sans limite de délai entre la réservation et la prise en charge
  • Réserver des emplacements aux abords des gares et des aéroports pour l’attente des clients sur réservation
  • Clarifier le droit de libre circulation d’un VTC sur les voies réservées au transport public lorsque ceux-ci justifient d’une réservation

5 thoughts on “Les 15 minutes de la discorde entre VTC et taxis : intérêt ou sabotage ?”

  1. Les VTC doivent travailler sur réservation, 15 minutes ce n’est pas grand chose pour prévaloir d’une réservation ! Pourquoi ne pas copier sur le modèle Londonien, dont on vente le modèle avec la réservation 24h à l’avance ?
    Dans l’esprit de la loi, les VTC ne concurrence pas les taxis, pourquoi c’est actuellement le cas ?

  2. N’oublier pas non plus de dire que les taxis devenue VTC, ne sont actuellement plus taxi. N’oublions pas non plus de dire qu’il sont venue manger dans la gamèle du taxi pour se constituer un capital client et s’astreigne des contraintes par ces formule d’opportuniste.

  3. Bonjour,

    Le modèle londonien autorise la réservation de minicab (équivalent du VTC) dans l’immédiat. Il n’y a absolument pas de délai de réservation à Londres.

    Le VTC est un entrepreneur avant tout, qui cherche d’une part à se constituer un portefeuille de clients, et d’autre part à avoir une visibilité sur son carnet de commandes, ce qu’offre Allocab à ses partenaires.

  4. Non il n’y a pas de délais à Londres, simplement pas le droit de prendre des passagers sans réservation. Vu que la plupart des minicabs sont des indépendants, ils ne disposent pas de système de réservation en temps réel.
    Mais prenez Adisson Lee avec 3500 minicabs et réservez un vehicule “as soon as possible” et vous verrez.

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