Lettre ouverte du fondateur du mouvement Pigeon VTC au Président de la Fédération Nationale Du Taxi (FNDT)

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Monsieur Hogrel,Je viens de prendre connaissance de votre lettre ouverte datée du 16 août 2013 adressée à Monsieur Ashton.
Je me dois en tant que fondateur du mouvement Pigeon VTC d’apporter quelques lumières sur vos arguments, et permettez-moi de les reprendre chacun à leur tour.Avant tout, ne nous tenez pas responsable du manque de code NAF / APE pour la profession VTC (Véhicule de Tourisme avec Chauffeur). Il serait effectivement plus valorisant pour notre activité de service haut de gamme de ne pas être enregistrée sous la dénomination « transport de voyageurs par taxis ». Nous sommes au moins d’accord sur ce point et les personnes compétentes sont déjà informées de ce manquement.Vous n’évoquez que deux grèves nationales depuis 2008, je me permets de vous remémorer ces 12 préavis de grève taxi depuis 2008 :

  • 30/01/2008 : grève nationale (FNAT)
  • 08/12/2009 : grève à Paris
  • 25/02/2010 : grève à Paris
  • 24/11/2010 : grève à Lyon
  • 25/05/2011 : grève nationale (FNAT, FFTP, FNTI)
  • 29/06/2011 : grève nationale (FNDT, FNTI)
  • 24/05/2011 : grève à Marseille (FNAT)
  • 15/11/2011 : grève à Montpellier (Fédération départementale Taxi 34)
  • 10/12/2011 : grève à Paris (FNDT)
  • 03/12/2012 : grève à Paris (FNTI)
  • 19/12/2012 : grève à Marseille
  • 10/01/2013 : grève nationale (FNAT, FNTI, FFTP, FNDT)

Vous décidez en votre âme et conscience de faire grève et d’imputer votre chiffre d’affaires, libre à vous ! Cependant, vous prenez également en otage le reste de la population active faisant perdre des millions d’euros aux entreprises françaises !
Concernant le stationnement des VTC au siège de leur entreprise, l’Article L231-3 du Code du tourisme dispose que « les voitures de tourisme avec chauffeur ne peuvent ni stationner sur la voie publique si elles n’ont pas fait l’objet d’une location préalable, ni être louées à la place ». Un bon débat étant fait de rigueur, pouvez-vous me préciser le texte qui impose aux VTC de stationner au siège de leur entreprise en attente de leur prochaine réservation ? Je vous rejoins sur le fait que la maraude et l’attente aux bornes de taxis en quête de passagers sont bien entendu réservées aux taxis.
Nous pouvons citer Londres, mais aussi New York comme modèle d’organisation de transport de personnes fonctionnant mieux qu’à Paris. Par ailleurs, ces villes sont respectivement classées 1ère et 2nde au classement mondial des taxis 2012 d’hotels.com. Je rappelle aussi que Paris est à la 17ème place de ce classement. Inspirons-nous des meilleurs pour progresser, et non l’inverse.
Vous niez l’existence du numerus clausus. Un numerus clausus ne se définit pas par son caractère évolutionniste, mais plutôt par la limitation de son nombre. Le nombre de licences de taxi étant volontairement limité, nous pouvons bien sûr parler d’un numerus clausus des licences de taxi.
Vous considérez le prix payé pour la licence de taxi comme un fond de commerce. La valeur marchande d’un fond de commerce dépend d’un marché, lui même dépendant de l’environnement économique et politique. Tout investissement n’est pas forcément bon et lucratif. Si vous réalisez une moins-value en revendant votre licence, votre appartement ou votre voiture, ce n’est pas à l’Etat d’en prendre la charge.
Vous contestez les « contraintes sérieuses » à l’exercice du métier de VTC. Je vous rappelle qu’un VTC doit posséder un véhicule de 4,50 m minimum pour 120 chevaux, révisé chaque année. Pendant que vous dépensez 2 500 € en luminaire ou autre taximètre, un VTC dépense 50 000 € en moyenne pour un véhicule aux normes, plus 2 500 € minimum par année en services à bord (wifi, rafraichissement, ipad), en entretien, révision et nettoyage du véhicule pour avoir un outil de travail toujours impeccable, sans compter les frais liés à l’acquisition et à la fidélisation d’une clientèle.
Un VTC est un chef d’entreprise qui commercialise une offre de service afin de constituer un portefeuille clients pour pérenniser son activité, contrairement aux taxis qui jouissent du privilège d’une clientèle qui les attend aux bornes de taxis, aux aéroports, aux gares et à chaque coin de rue. Avez-vous déjà vu un entrepreneur attendre à une borne que le travail tombe sans effort ? A deux métiers différents, des contraintes réglementaires différentes !
20 000 créations d’emploi n’est pas un « chiffre utopique » comme vous aimez le souligner, mais considérons une prévision un peu moins optimiste avec les données de base suivantes :

Nous remarquons que Paris (4) a deux fois moins de chauffeurs pour 1000 habitants que Londres (8) ou New York (7).
Combien faudrait-il de VTC supplémentaires pour que Paris atteignent un nombre de chauffeurs pour 1000 habitants aussi élevé que celui de Londres ou New York ?
Prenons 16 000 VTC supplémentaires, cela porte le nombre de chauffeurs parisiens taxis et VTC confondus à 35 137.
Soit pour 1000 habitants : 35 137 / 4 367 = 8 !
CQFD !
Si je reprends vos dires, nous ne nous soucions pas de nos partenaires concernant « leur devenir et la pérennité de leur entreprise ». N’oubliez pas que nous partageons des intérêts économiques communs avec nos partenaires. Il n’est nullement dans notre intérêt que leur activité périclite ou pire s’arrête ! Au contraire nous les accompagnons dans leur développement avec fierté !
Vous parlez de « phénomène de mode des applications smartphone ». Etes-vous à ce point hermétique et réfractaire à ces formidables innovations technologiques plébiscitées par les consommateurs et qui servent également les taxis ?
Quant au délai de 15 minutes, nous savons vous comme moi qu’il ne s’agit que d’une énième mesure visant à apaiser les taxis face à l’augmentation inéluctable du nombre de VTC. Elle n’est définitivement pas viable tant au niveau de sa mise en œuvre que de la traçabilité même du délai, et contredit toutes les recommandations économiques (Rapport Attali, Commission Européenne…).
A la fin de votre lettre vous nous invitez à nous « tourner vers d’autres pays émergeants ». Votre comparaison de la France à un pays émergeant m’a tout bonnement coupé le souffle !
Monsieur Hogrel, je ne saurais que vous conseiller de redevenir un digne porte-parole des taxis en admettant l’évidence qui se présente à vous : la concurrence des VTC n’est pas déloyale, l’évolution technologique bénéficie à tous, la coexistence des taxis et des VTC ne doit pas faire exception dans un pays développé comme la France !
Veuillez accepter Monsieur Hogrel mes sincères et rigoureuses salutations.
Yanis Kiansky
Fondateur du mouvement Pigeon VTC
Cofondateur et Président d’Allocab
 

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